Le commerce illégal de viande d’animaux sauvages, ou viande de brousse, est très répandu et représente un risque énorme pour le bien-être des animaux et la biodiversité mondiale, mais aussi pour la santé publique. Regardons de plus près ce qu’est la viande de brousse et pourquoi elle pose problème pour les animaux et les communautés.
Qu'est-ce que la Viande de Brousse ?
La viande de brousse est un terme collectif désignant la viande provenant de mammifères, de reptiles, d’amphibiens et d’oiseaux sauvages vivant dans la jungle, la savane ou les zones humides. Elle est issue d’une grande variété d’animaux sauvages, notamment les singes, les pangolins, les serpents, les porcs-épics, les antilopes, les éléphants et les girafes.
Où Consomme-t-on la Viande de Brousse ?
Depuis des milliers d’années, la consommation de viande de brousse est courante et constitue une source importante de protéines dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. C’est particulièrement vrai dans les régions reculées où il est difficile d’élever du bétail et où la viande de brousse est souvent la seule source de protéines disponible ou abordable. On estime que dans les régions rurales d’Afrique occidentale et centrale, la viande de brousse constitue 80 à 90 % de l’apport en protéines animales.
Les peuples d’Afrique centrale dépendent de la forêt pour leur alimentation, et la viande de brousse est la source principale de leurs protéines. La plupart des espèces sont consommées, sauf des espèces interdites par la coutume. Il y a de multiples raisons qui expliquent cet attachement : la culture, le goût, les vertus thérapeutiques, la disponibilité, le coût et la valeur symbolique. Le désir de consommer la viande de brousse en milieu urbain réplique largement les habitudes villageoises, mais les populations urbaines adaptent à leur manière cette consommation.
Viande de Brousse et Biodiversité
Si la consommation de viande de brousse ne concernait que les communautés autochtones et locales qui chassent uniquement pour leur subsistance, sa contribution à l’appauvrissement de la biodiversité ne serait pas aussi importante. Le vrai problème est la demande croissante de viande d’animaux sauvages dans les villes et à l’étranger, où elle est considérée par certains comme un mets raffiné. Dans certains groupes de la diaspora africaine et latino-américaine en Europe et en Amérique du Nord, par exemple, la consommation de viande de brousse est populaire parce qu’elle rappelle à beaucoup leur pays d’origine.
En raison de cette popularité croissante, le commerce illégal de viande de brousse est devenu une industrie mondiale. Les chercheurs estiment que plus de cinq tonnes de viande d’animaux sauvages sont introduites clandestinement en Europe chaque semaine rien qu’à l’aéroport de Paris Roissy-Charles de Gaulle, en France. Chaque année, environ six millions de tonnes de viande de brousse sont prélevées au Congo central et en Amazonie.
Les populations animales souffrent de la pression exercée par le braconnage à grande échelle pour la viande de brousse. La situation est particulièrement dramatique pour les animaux qui ont une reproduction plus lente, tels que les grands singes et les éléphants, qui sont menacés d’extinction en raison de la combinaison du braconnage et de la réduction des habitats. La viande de brousse est considérée comme l’une des menaces les plus immédiates pour la faune africaine.
Cependant, cet acharnement pour la consommation de la viande de brousse va à l’encontre des priorités de la conservation de la biodiversité. Selon certaines estimations, plus de 5 millions de tonnes sont consommées par an en Afrique centrale et la ville de Kisangani et toute la région environnante consomment jusqu’à 271 tonnes de viande de brousse annuellement. Ces chiffres pourraient bien doubler si le taux de consommation ne baissait pas et cette situation pourrait mener à l’extinction locale de certaines espèces.
Risques pour la Santé Humaine
Chasser les animaux sauvages pour les consommer présente également des risques importants pour la santé humaine. De nombreuses maladies trouvent leur origine chez des animaux sauvages tels que les singes et les chauves-souris. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 75 % des 30 maladies apparues au cours des trois dernières décennies sont des zoonoses, c’est-à-dire des infections transmises de l’animal à l’homme. Parmi les exemples bien connus de zoonoses, on trouve le VIH-SIDA, Ebola, la maladie de Lyme, le paludisme, la rage et, plus récemment, le COVID-19. Il est important de souligner que le commerce illégal d’espèces sauvages n’est pas le seul responsable de ces zoonoses, l’intensification de l’élevage l’est également.
Au-delà de l’émergence mondiale de nouvelles maladies, la viande de brousse importée illégalement risque également d’infecter des espèces animales dans d’autres pays.
Les enquêtés de Kisangani consomment la viande de brousse occasionnellement contrairement à ceux de Yangambi qui le font au plus quatre fois par semaine.
Plusieurs enquêtés reconnaissent l’existence de certaines espèces interdites de consommation. Il ressort de nos résultats que la connaissance des animaux tabous n’est pas liée au cadre de vie des enquêtés, qu’il s’agisse des enquêtés de Yangambi (en milieu rural) ou ceux de Kisangani (en milieu urbain). La majorité est unanime quant à l’existence des animaux tabous ou interdits de consommation. Il existe plusieurs espèces interdites reconnues par les enquêtés de Yangambi. Parmi ces espèces, les plus citées sont les suivantes : les civettes africaines (Civettictis civetta et Nandinia binotata), le python de Seba (Python sebae), la tortue (Kinyxis erosa), le daman (Dendrohyrax sp.), le chimpanzé (Pan troglodytes), la genette géante (Genetta victoriae), le léopard (Panthera pardus), le varan (Varanus niloticus) pour ne citer ceux-là. Certaines de ces espèces se retrouvent sur la liste des espèces protégées (partiellement ou totalement) selon les règles juridiques congolaises.
Telle que nous l’avons constaté lors des entretiens, la religion a une influence capitale sur la consommation de la viande de brousse. Ainsi, certains enquêtés, puisqu’étant chrétiens, estiment qu’aucune nourriture ne leur est interdite à la consommation. Le Christ étant mort sur la croix, il aurait mis fin à tous les interdits et toutes les coutumes n’ont plus d’influence sur les « enfants de Dieu ».
Actions Contre le Commerce Illégal
IFAW lutte activement contre diverses formes de criminalité liée aux espèces sauvages. Par exemple, pour lutter contre les contrebandiers, nous formons les douaniers et les forces de l’ordre à combattre les importations illégales d’espèces sauvages. Nous travaillons également avec les principales plateformes en ligne pour éviter qu’elles ne facilitent le commerce de produits issus d’espèces sauvages.
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