La cuisine de campagne est universellement connue dans toutes les armées du monde. Matériel de campagne par excellence, son origine remonte à plusieurs siècles.
Évolution de la Cuisine de Campagne
Au tout début du 20e siècle, les cuisines dites roulantes apparaissent dans l’armée française. Les régiments tricolores ne figurent pas au rang d’exception dans cette avancée technique. En France, une directive ministérielle de 1912, confirme l’adoption de la cuisine roulante pour les troupes à pied et pour le génie.
La Première Guerre Mondiale : Un Tournant
Les premiers mois du conflit ne révèlent pas encore l’importance des cuisines roulantes. Souvent d’extraction paysanne, les soldats chassent et pêchent encore pour se nourrir quand ils le peuvent. Avec la guerre des tranchées, les cartes sont rebattues. Une gigantesque organisation humaine et matérielle doit désormais être mise sur pied pour nourrir les troupes. Les cuisines roulantes deviennent capitales. Le nombre de ces cuisines roulantes reste cependant insuffisant, puisque l’armée n’en dénombre qu’une trentaine. Impossible de nourrir toutes les troupes.
Le gouvernement et le ministère de la Guerre parent alors au plus pressé et ordonnent en urgence la fabrication d’autres roulantes. Grâce à la cuisine roulante, chaque soldat reçoit une ration définie et régulière. 700 grammes de pain, 500 de viande, 100 de légumes secs et un bol de cette fameuse soupe du poilu.
Dans les tranchées, les cuisines roulantes, sortes de grandes charrettes aux roues lourdes et tout terrain, sont installées au plus près des zones de combat. Il faut un courage hors du commun aux soldats chargés du ravitaillement. Ces hommes dits « de soupe » trimballent ces roulantes et l’attirail imposant de chacune d’entre elles. Les soldats de soupe doivent prendre tous les risques pour remplir au mieux cette mission cruciale.
Plusieurs cuisines roulantes sont visibles dans des musées dédiés à la Grande Guerre, en particulier à Meaux (77). Musée de la grande guerre de Meaux. Rue Lazare Ponticelli - 77100 Meaux - Tél.
La Seconde Guerre Mondiale : L'exemple soviétique
Durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée rouge est dotée du modèle KP-42 et KP-43. La cuve de cuisson et ses accessoires sont installées sur une remorque légère à un essieu équipée de pneumatiques. Elle peut être attelée à un avant-train tracté par deux chevaux. Le timon est composé de deux parties . Une partie amovible est prévue pour une traction avec deux ou quatre chevaux. Son retrait permet la traction de la cuisine de campagne par un véhicule à moteur type GAZ AA.
La traction animale permet le déplacement dans les zones dépourvues de chemin carrossable ou difficile d’accès comme les terrains marécageux. La cuisine de campagne « plus familièrement appelée roulante » permet la préparation de repas chauds à l’arrière de la ligne de front.
La Cuisine de Campagne sous Napoléon
Dès le mois de mars 1809, et l’établissement des troupes françaises sur le sol Autrichien, le problème épineux des subsistances se pose. Car si la Garde bénéficie de rations réglementaires et suffisantes, celles de la ligne sont dès le début de la campagne légères voire inexistantes : « nous tiron notre ransion bin legère » (1). En effet, pour la ligne, le problème des subsistances est plus épineux. Pour pallier ses difficultés, l’administration militaire française loge ses hommes, autant que faire se peu, chez l’habitant. Ainsi au 67e de ligne, « nous sommes nourris chez les bergers » (6).
Toutefois, rapidement les soldats vivent militairement sur le pays, en partant en maraude avec, parfois, l’aval de leurs chef : « je fus envoyé par Mr le colonel pour faire des prises et je ramenais devant Schonbrunn près de 80 voitures chargées de poudre, bière, vin, eau de vie, sucre, raisins, avoine » (7). Cette manière militaire, à défaut d’être diplomatique et réglementaire, garnie la table et les assiettes des soldats qui trouvent que « nous sommes ici traités en grands seigneurs dans le château du baron de Kratzic.
Avec la victoire de Wagram, dès la mi-juillet, les troupes françaises commencent à sérieusement vivre sur le pays d’une manière frumentaire mais aussi économique surtout après les conditions de la paix imposées par Napoléon, tant et si bien qu’au 85e de ligne « nous avons la goutte, la soupe, la salade, la viande et le pain et ce que nous voulons à profusion » (11). Dans les champs, avec l’été, les soldats français moissonnent pour leur compte en utilisant les outils des paysans autrichiens.
L'Organisation Logistique sous le Premier Empire
Services administratifs secondaires de l’armée, les régies générales sont au nombre de quatre dont les agents et employés marchent avec le Grand Quartier général. Chaque corps d’armée dispose d’un groupe restreint de fonctionnaires, « le reste du personnel des services se répartit dans les gîtes d’étapes et dans les places » (12) . Celui de la division Molitor, composée des brigades Leguay et Viriès qui se distingueront à Essling (13) , est dirigé par le sieur Gaudin, ancien préposé des vivres de la place de Paris, qui a sous les ordres une brigade principale.
Malgré des ordres et des directives rigoureuses, cette administration déjà « mal organisé au niveau supérieur, [est] mal coordonnée au niveau de l’armée », les employés sont baladés au gré des ordres impérieux mais au détriment de l’efficacité. Ainsi, la brigade confiée à Gaudin chemine début 1809 par Mayence où 6 des brigadiers et 17 des caporaux sont retenus et redirigés sur Bayonne par le commissaire aux boulangers de la place.
L'exemple de Wels en Haute-Autriche
Située en Haute-Autriche (15) , Wels est située sur la rivière Traun. Le service des vivres y est assuré par Gaudin, trois employés (16) et deux sous-employés de la Régie des vivre-pain. Cette place centralise les vivres pour la Haute-Autriche dès le 8 mai, date à laquelle la place de Ried y verse ses 5400 rations de pains demi-biscuits suite au départ du comptable Gaillard pour rejoindre le Quartier-Général. Dès l’arrivée des troupes françaises en Haute-Autriche, le manque d’effectif d’employés de la place de Wels est cruel. En effet, afin d’assurer des services complexes mais aussi une surveillance constante, Gaudin ne dispose que d’un seul journalier.
La manutention, qui emploie deux brigades de boulangers(17), fonctionne correctement, si correctement que la brigade principale se révèle trop nombreuse pour la charge de travail à faire. Dès le 25 mai, Gaudin obtient de renvoi sur le Quartier-Général de 12 des 25 boulangers « où ils peuvent être nécessaire » (18). Le service est simple puisqu’il consiste en la transformation en pains et en biscuits des bleds locaux réquisitionnés. Toutefois, ce service n’est pas simple et soumis à une clause de rendement de la part des boulangers, sanctionné par l’obtention d’une prime.
Toutefois, la cadence désirée par l’administration n’est pas respectée par une partie des boulangers. En effet, le 24 juin, Salmon refuse de s’acquitter des primes dues à la brigade Rigard « pour cause d’infidélité dans le rendement de ses fournées » (19) alors qu’il accepte celles de la brigade Collignon. Les grains versés et utilisés dans la place de Wels sont réquisitionnés, de jour comme de nuit, par le commissaire des guerres Salmon auprès du cercle d’Hausruk. C’est le cercle qui en effectue la répartition, après autorisation de l’intentant général. A chaque versement de grains à la place de Wels, un délégué du capitaine du cercle est présent. Le 12 mai, ces réquisitions représentent 19 quintaux de froment et 7 quintaux de seigle.
Le 7 juillet 1809, face aux réquisitions de grains et à leur pénurie, les Autrichiens demandent à remplacer le froment par de la farine moulue dans des moulins autrichiens, ce qu’accepte l’administration militaire française. Dès lors les réquisitions sont versés en farine. Les pains fabriqués sont examinés et contrôlés avant d’être envoyés aux troupes par des experts. Pour les mois de mai et juin 1809, la place de Wels distribue 169 071 rations de pain de munitions à la troupe, 17867 rations de pain à la Garde Impériale et 518 rations pour les hôpitaux.
Alors que la campagne militaire est terminée et que l’hiver arrive, le magasin de Wels ne débraye pas (23).
Le Rôle Crucial des Cuistots
Au cœur des tranchées, les cuistots de 1914 furent beaucoup plus que des intendants ordinaires, mais des soldats passionnés contre la faim et la déprime. Manger chaud, manger bien, c'est déjà un peu gagner la guerre. A raison de trois repas par jour cela donne une idée des tâches qu'eurent à accomplir les services d'intendance et de réquisition. Les hommes des champs mobilisés ne peuvent plus assurer leur travail, les femmes et les enfants tentent tant bien que mal de les remplacer.
Soutien Logistique Moderne
Au cours de la période estivale, les cuisines du cercle Frère au GSBdD de Lille étaient rénovation. Grâce à la mise en place d'un ETRAC 400 (Élément tracté de cuisson), d'un container de préparation froide et d'une plonge de campagne, le soutien des rationnaires a pu être maintenu pendant toute la période des travaux.
Le Service du Commissariat des Armées (SCA) est un acteur clé dans le soutien logistique des forces armées françaises, garantissant que les soldats disposent des équipements nécessaires pour mener à bien leurs missions, sur tous les théâtres.
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