Les chrétiens ont laissé tomber tous les interdits alimentaires, et ce dès les premiers temps du christianisme. À la différence des juifs, qui s’inspirent eux aussi de l’Ancien Testament, les chrétiens ont laissé tomber tous les interdits alimentaires.
L'Absence de Tabous Alimentaires dans le Christianisme
Parmi les traits qui distinguent aujourd’hui le christianisme des autres monothéismes, l’absence de tabous alimentaires est notoire. Ce trait se dégage très tôt dans l’histoire du christianisme, comme en témoignent divers passages du Nouveau Testament. La doctrine et la pratique chrétiennes ont ainsi abouti au refus de tout tabou alimentaire, c’est-à-dire de tout interdit absolu.
Le Concile de Jérusalem et l'Abandon des Prescriptions Alimentaires Juives
D’après les Actes des Apôtres, le « Concile de Jérusalem », en 70 de notre ère, aurait suspendu pour les fidèles d’origine païenne l’obligation de respect des prescriptions alimentaires de la Loi juive, mais aurait maintenu l’interdiction du sang et des idolothytes.
L'Évolution des Interdits Alimentaires dans le Christianisme
Si l’interdit du sang fut observé dans les premiers siècles, il fut progressivement laissé de côté ; quant aux viandes sacrifiées, la pertinence de l’interdit disparut avec le paganisme : après le VIIIe siècle ces deux interdits n’étaient plus présents qu’à l’état de trace, en particulier dans le monde latin. Par ailleurs, l’idée selon laquelle l’Église aurait interdit globalement la viande de cheval est pour l’essentiel un mythe historiographique.
Interdits Alimentaires Relatifs dans le Christianisme
Le christianisme connaît néanmoins des interdits alimentaires relatifs : interdits de temps et interdits d’état. Les premiers s’appliquent à des moments marqués par les rituels de pénitence, en particulier le Carême et le vendredi, et les seconds touchent des catégories de chrétiens, principalement les moines et les pénitents. Dans les deux cas, le but est surtout disciplinaire : le fidèle se soumet à une privation censée produire des effets en termes de cheminement spirituel.
Selon les temps, les espaces et les usages, ces disciplines ont été plus ou moins étendues, et respectées avec plus ou moins de rigueur. Ainsi le catholicisme, qui à la fin du Moyen Âge observait rigoureusement les interdits de temps, connaît depuis quelques décennies un très net assouplissement dans ce domaine.
Le Carême et l'Abstinence : Une Tradition de Pénitence
Depuis les premiers siècles du christianisme, l’Église a progressivement défini les circonstances où les chrétiens doivent s’abstenir de certaines nourritures. Destiné à préparer les fidèles à la fête majeure célébrant la Résurrection, le carême (du latin quadragesima, c’est-à-dire période de 40 jours) commence en Occident au milieu de la septième semaine avant Pâques, le mercredi dit des Cendres. S’y ajoute le vendredi - et souvent le samedi - de chaque semaine ; les dévots jeûnent aussi le mercredi. L’abstinence s’applique lors des veilles de fêtes, qui peuvent être plus ou moins nombreuses selon les diocèses. Enfin, au début de chaque saison de l’année (les « Quatre-Temps » ), quelques jours sont jeûnés.
L’alternance entre jours gras et jours maigres est au cœur de l’expérience alimentaire médiévale. Les livres de cuisine proposent souvent des versions de leurs plats de viande pour les « jours de poisson » ou le carême ; certains adaptent même des pâtés au fromage conçus pour les jours maigres, en ne leur donnant qu’une « saveur » de fromage qui les rend savoureux mais permet de les consommer en carême.
Toutefois, les rigueurs du carême sont bien moins grandes pour les riches qui se font alors servir des poissons frais, fort coûteux, et les pauvres, qui doivent se contenter de harengs fortement salés, de purée de pois et de soupe claire. Les farces carnavalesques du combat entre Carême et Charnage (c’est-à-dire « Jour de chair » ) traduisent bien cette tension en faisant s’affronter les bataillons d’ingrédients gras et d’aliments maigres.
Échapper au carême n’est permis qu’aux jeunes enfants. Les malades peuvent aussi recevoir le « conseil (...) de dîner par nécessité urgente », précisent des statuts synodaux du 13e siècle : le danger d’une mort rapide par affaiblissent l’emporte ici sur les rigueurs de la loi, et le même raisonnement s’applique bien évidemment en cas de famine.
Aliments Autorisés Pendant le Jeûne : Le Cas du Poisson
En période de restrictions, la totalité de la population chrétienne doit opter pour des aliments maigres. En sont exclus les enfants et les personnes malades afin d’éviter le danger d’une mort par affaiblissement. Pour les autres, les rigueurs de la loi s’appliquent. Les pratiquants peuvent manger du poisson qui fait partie des aliments maigres. D’une part, car sa nature froide interdit le déclenchement de "l’incendie de la luxure" ; d’autre part, car lors des temps de persécution, le poisson était considéré comme un moyen détourné de montrer le Christ puisqu’on retrouve l’initiale des termes grecs "Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur" (Iesous Christos Théou Uios Sôter) dans le mot ichtus, qui signifie poisson.
De manière plus subtile, certains animaux, parce qu’ils semblent tenir à la fois de la viande et du poisson, sont admissibles en carême. C’est le cas du castor, amphibie, dont la queue, qui reste dans l’eau, est assimilable à du poisson : rien d’étonnant à ce qu’il ait pu jouer un rôle dans la nourriture des moines qui sont, eux, soumis à une abstinence perpétuelle. Sont aussi autorisés le castor, considéré comme du poisson parce qu’il va sous l’eau, et la bernache, une oie sauvage d’Arctique, étonnamment envisagée comme un fruit de mer.
Les Interdits Alimentaires dans l'Ancien Testament
Bien qu’il ait été écrit dans l’Ancien Testament que "tout ce qui foisonne sur la terre est à votre disposition ; tout ce qui bouge et vit sera votre nourriture", de nombreux interdits alimentaires y étaient aussi consignés. Ainsi était-il interdit de manger la viande, son sang et la graisse animale, principalement parce que l’on croyait alors que l’âme résidait dans le sang. Mais une longue liste d’animaux se trouvait également parmi les interdits, à savoir le porc, le lièvre, le chameau, l’autruche et une quantité d’animaux aquatiques, d’animaux ailés, d’oiseaux et de reptiles.
Exemples d'Interdits Alimentaires dans le Lévitique et le Deutéronome
- Interdiction de manger la viande avec son sang (Gn 9, 4).
- Interdiction de consommer la graisse des animaux (Lv 1, 22).
- Interdiction de manger du chameau, du lièvre, du porc, de l’autruche et une longue série d’animaux aquatiques, d’oiseaux, de reptiles et d’autres bestioles ailées (Lv 11, 1-23 et Dt 14, 3-21).
Les Interdits Alimentaires dans d'Autres Religions
Les Lois Alimentaires Juives (Casheroute)
Les textes de la tradition juive (Bible, Talmud, codes de lois) comportent des lois relatives aux aliments prescrits, permis ou interdits, à la manière de les préparer, au temps de leur consommation. La lecture de la Bible indique un certain nombre de principes à l’origine de lois qui seront précisées dans les textes ultérieurs. Les végétaux sont toujours autorisés ; le jardin d’Éden lui-même était végétarien : « De tous les arbres du jardin tu pourras manger » (Genèse).
Le Lévitique reprendra plus explicitement l’interdit absolu de la consommation du sang, associant symboliquement le sang à l’âme et à la vie. L’extrême attention des juifs à l’interdit du sang des bêtes et à leur souffrance les a conduits à se conformer à un mode d’abattage ritualisé par lequel l’animal se vide rapidement de son sang.
Parmi les animaux qui se meuvent sur la terre, dans les eaux ou dans les airs, Dieu instaure, selon la Bible, une classification et des critères permettant de distinguer ceux qui sont purs et ceux qui sont impurs, et par conséquent ceux qui sont permis ou interdits. « Voici les animaux que vous pouvez manger, parmi toutes les bêtes qui vivent sur terre, précise le Lévitique : tout ce qui a le pied corné et divisé en deux ongles parmi les animaux ruminants, vous pouvez le manger. » Le texte donne ensuite des exemples d’animaux impurs, c’est-à-dire présentant un seul des deux critères ou aucun, comme le chameau, le lièvre ou le porc. Il continue par l’énumération des animaux aquatiques permis : ils doivent posséder écailles et nageoires.
D’autres lois structurent les pratiques alimentaires juives comme l’interdit du mélange lacté-carné qui prend lui aussi sa source dans le texte biblique. La tradition rabbinique a élargi la séparation des aliments aux ustensiles ayant servi à leur préparation et à leur consommation au cours d’un même repas. Il n’y a pas de recette juive traditionnelle associant laitage et viande, pas de préparation lactée concluant un repas carné, pas de fromage confectionné à base de présure d’origine animale dans la cuisine cacher.
Enfin, on trouve un certain nombre d’interdits alimentaires saisonniers, dont le principal est, durant les huit jours de la Pâque juive, celui des céréales fermentées et donc en premier lieu du pain levé. La consommation d’azymes est alors prescrite en mémoire de l’esclavage des Hébreux et de leur sortie précipitée d’Égypte.
Les Règles Alimentaires Islamiques (Halal)
Manger halal (mot arabe signifiant licite) veut dire manger des aliments conformes aux prescriptions de l’islam. Concernant les produits carnés, les animaux aquatiques de mer ou d’eau douce sont halal par nature.
Jusqu’à la fin du XXe siècle, manger halal en France signifiait ne pas boire d’alcool, acheter de la viande brute, voire des animaux vivants, et préparer les repas à domicile. Mais, pour les musulmans comme pour tous, l’augmentation de la prise de repas hors domicile et l’envie de gagner du temps sur la préparation des aliments ont conduit à une demande de produits de plus en plus élaborés.
Aussi trouve-t-on désormais, en boutiques spécialisées et en grandes surfaces, dans les rayons frais, en conserve ou surgelés, des produits bruts mais également des plats préparés, des barquettes de viande prédécoupée, de la « charcuterie » de volaille, des bonbons gélifiés, toutes sortes de produits affichant clairement leur caractère halal. De même, pour la consommation hors domicile, on voit fleurir des restaurants, indépendants ou de grandes chaînes, proposant tout ou partie de leur offre en version halal.
Aucun label officiel halal n’existe en France : l’État, laïque, s’interdit d’entrer dans des considérations religieuses. Des organismes certificateurs privés sont donc habilités par les autorités théologiques d’une des trois grandes mosquées de France (Paris, Evry-Courcouronnes ou Lyon), entre lesquelles l’interprétation du Coran pour les rituels d’abattage ne converge pas toujours, ce qui cause de vigoureuses controverses parmi les musulmans les plus pointilleux. Cependant, ces certifications suffisent à rassurer les consommateurs dont les exigences sont moindres et qui s’appuient sur la niyya, « l’intention de départ ».
Le Libre Arbitre du Chrétien Face à l'Alimentation
Dès les premiers temps, le christianisme a fait le choix de laisser les croyants libres. "Le croyant est libre de faire ses propres choix et de discerner, il est libre dans son âme et conscience de réfléchir à ce qu’il fait", explique la théologienne. Libre donc, mais invité à se questionner.
Si la tradition veut parfois que l'on mange lors des repas de fête, du foie gras, de la dinde ou des huîtres, le chrétien est invité à questionner ses choix alimentaires. Foie gras, chapon, huîtres : même si c’est la tradition d’en consommer aux repas de fête, le chrétien ne peut-il pas questionner ses choix alimentaires ?
Il y a très peu de recettes culinaires dans la Bible. Cependant, elle n’exclut pas "le plaisir du goût". Dans la Genèse, Dieu crée des arbres "savoureux" et "beaux à regarder" (Gn 3, 6).
Si l’on s’en tient au premier chapitre de la Genèse, qui est le premier livre de la Bible, Dieu crée, au sixième jour, "des animaux et des humains tous végétariens". Par contre, à partir du Déluge, les choses changent. Quand Noé débarque de l’Arche avec ses animaux, il fait un sacrifice à Dieu pour rendre grâce.
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