Les Batailles d'Artois
La Première Guerre mondiale a profondément marqué la région de Chantilly et Loos-en-Gohelle, notamment à travers les batailles d'Artois.
Première Bataille d’Artois (Décembre 1914)
La première bataille d’Artois (17-19 décembre 1914) avait pour but de s’emparer de Lorette et de Vimy et, si possible, de repousser l’ennemi au-delà de la frontière.
Deuxième Bataille d’Artois (Mai-Juin 1915)
La deuxième bataille d’Artois (du 9 mai au 19 juin 1915) avait deux objectifs : expérimenter la nouvelle doctrine de l’état-major, "la percée par attaque brusquée", et prévoir une double opération, la principale, menée par les Français sur les hauteurs de Lorette et de Vimy, la secondaire, conduite par les Anglais sur le secteur de Festubert. À l’issue de cette bataille, le concept de percée est abandonné.
Troisième Bataille d’Artois (Septembre-Octobre 1915)
La troisième bataille d’Artois se déroule du 15 septembre au 13 octobre 1915. Elle oppose la Xe armée française, soutenue par 6 divisions britanniques, à la VIe armée allemande.
En effet, les désastres meurtriers du printemps 1915 n’ont pas refroidi l’ardeur agressive de Joffre, qui, lors d’une nouvelle conférence franco-britannique tenue à Chantilly le 7 juillet, propose d’entreprendre une offensive générale à l’automne afin de profiter d’un rapport de forces qu’il juge à nouveau très favorable. Une fois de plus, la Champagne et l’Artois sont les champs de bataille retenus.
Le 8 juillet, les conditions de l’offensive sont soumises à Foch, qui décide de monter l’opération principale en Champagne et de l’accompagner d’une action secondaire en Artois, ce qui permettra de retenir les divisions ennemies qui y sont déployées. Les plans d’attaque sont validés par Joffre dès le 12 juillet, trois semaines seulement après l’échec cuisant de la seconde bataille d’Artois.
J’ai dit que la principale leçon que j’avais retirée de la bataille d’Artois [la deuxième] qui venait de finir était l’utilité qu’il y avait à entreprendre des actions simultanées de plusieurs armées pour empêcher l’ennemi de déplacer ses réserves et l’obliger à accepter la bataille avec des moyens limités, là où nous voulions la lui imposer.
Le nombre des grandes unités à ma disposition allait constamment en croissant. L’amélioration des organisations défensives et l’attitude passive adoptée par l’adversaire sur la plus grande partie de notre front permettraient de réduire de plus en plus les effectifs immobilisés en première ligne. L’arrivée progressive de nouveaux renforts anglais libérait des unités françaises. L’emploi de plus en plus étendu des troupes territoriales dans les secteurs calmes permettait de relever, de reposer et d’instruire en vue des attaques un nombre toujours plus grand de troupes actives.
Enfin, la création de quinze divisions nouvelles améliorait l’articulation de nos forces et leur emploi en vue de la manœuvre (c’étaient les divisions de la série 120 à 129, les 10e, 15e et 16e divisions coloniales et les 130e et 131e divisions d’infanterie).
J’ai indiqué plus haut que notre matériel se développait, moins vite que je ne l’eusse souhaité, mais cependant dans une mesure appréciable. L’artillerie de tranchée en particulier commençait à devenir puissante par le nombre de ses batteries en service et par l’instruction de son personnel...
L'Offensive Franco-Britannique en Artois
L’offensive franco-britannique en Artois est dirigée par le général Foch et s’étend sur 32 kilomètres de front, tenus par la VIe armée allemande, entre La Bassée et Arras. Elle doit se produire de façon simultanée avec l’attaque majeure menée par l’armée française en Champagne.
Le plan d’attaque est extrêmement simple : il consiste d’abord à écraser les positions ennemies par quatre jours de bombardements ininterrompus, avec un final apocalyptique de quatre heures juste avant que l’infanterie ne sorte des tranchées. L’assaut doit être massif et continu, les réserves ayant cette fois été acheminées au plus près du front.
L’ordre d’opérations, confié au 33e corps d’armée du général Fayolle, donne pour mission de prendre la cote 140. La 77e division d’infanterie du général Pillot doit enlever Souchez, franchir le ravin des Écouloirs et gravir la falaise, aidée par la 70e division d’infanterie du général Nadaud. Au nord de Souchez, le 21e corps d’armée du général Maistre attaquera sur la pente ouest du plateau de Lorette en direction d’Angres. Au sud, le 3e corps d’armée, partant de Neuville-Saint-Vaast, devra s’emparer de la cote 140 et de la ferme de la Folie.
Le jour de l’attaque, le 25 septembre, la Xe armée comprend 18 divisions, appuyées par 380 pièces de gros calibre disposant de 268 000 obus.
Les Défenses Allemandes
De leur côté, les Allemands, depuis la fin de la deuxième bataille d’Artois, ont activement travaillé au perfectionnement de leurs organisations défensives devant le secteur de la Xe armée. Au nord d’Arras, leur première position est constituée par deux lignes de défense. Ils ont donné à cet ensemble une profondeur telle, qu’au sud de la Folie la deuxième ligne peut difficilement être battue en même temps que la première par l’artillerie de campagne : elle a donc la valeur d’une véritable deuxième position. Chacune de ces deux lignes a été renforcée de distance en distance par de solides points d’appui.
Le terrain qui s’étend entre les deux lignes présente un véritable lacis de tranchées intermédiaires et de boyaux.
Au sud d’Arras, leur première position semble moins forte qu’au nord et ne se compose que de deux lignes de tranchées très rapprochées, mais en partie en contre-pente et flanquées par les deux puissants bastions de Beaurains et de Ficheux. Dans cette région, ils ont de plus ébauché une deuxième position jalonnée par les villages de Neuville-Vitasse, Mercatel et Hendecourt.
Début de l'Offensive le 25 Septembre
Le 25 septembre, en même temps que l’offensive principale en Champagne, l’attaque d’infanterie se déclenche à 12 h 25. À l’instant prévu, les soldats français s’élancent hors des tranchées sur tout le front.
Quant aux Anglais, ils ont entamé l’action dès 6 h 30 après une émission de gaz de quarante minutes. À 13 heures, commence une pluie qui dure presque toute la journée, rendant très pénible la progression en terrain libre et particulièrement difficiles les mouvements dans les boyaux remplis de boue.
En fin de journée, les résultats sont très inégaux. La 43e division d’infanterie enlève l’ouvrage de la route d’Arras mais se trouve accrochée au bois en Hache, qu’elle finit par emporter. La 13e division d’infanterie s’empare de la halte de Souchez et de la partie nord du village, puis la 26e brigade, composée du 21e et du 109e régiment d’infanterie, pousse sur les pentes de Givenchy.
La 70e division d’infanterie enlève de haute lutte le château du Carieul et la station toute proche puis la pente sud de Souchez, avant de s’engager vers le bois de Givenchy, en coordonnant son action avec la 13e division d’infanterie. La 77e division d’infanterie reprend le cimetière de Souchez, les ruines du Cabaret rouge, gagne le Ravin des Écouloirs et aborde la pente de la cote 140.
Les deux divisions du 33e corps d’armée parviennent à prendre pied sur la cote 140 et dans les vergers de la ferme de la Folie. Pris à revers par les défenseurs que, dans leur fougue, ils ont omis de neutraliser, ils sont, comme la seconde vague d’assaut, cloués au sol par des tirs de barrage effectués par des batteries dissimulées à contre-pente de la cote 140. Bientôt, une contre-attaque les contraint au repli.
D’autre part, les troupes anglaises ont emporté d’un seul élan les lignes allemandes, s’emparant de Loos et atteignant, à l’est, les abords immédiats d’Hulluch et la cote 70. Sur toute la ligne, les troupes sont accueillies par des feux terribles de mitrailleuses, en même temps que l’ennemi exécute un violent tir de barrage d’artillerie lourde. De plus, les soldats se heurtent presque partout à des réseaux intacts ou incomplètement détruits.
Le 21e corps annonce le 26 au matin plus de 350 prisonniers.
Poursuite des Combats le 26 Septembre
Le 26 septembre, au début de l’après-midi, les attaques recommencent au nord d’Arras sur tout le front. Au 21e corps, la 43e division reprend la partie ouest du bois en Hache ; sa gauche est arrêtée par des feux de flanc partant de la région d’Angres. La 13e division franchit la Souchez, gravit les premières pentes sur la rive droite et atteint les abords de l’ouvrage de la Déroute, à la corne sud du bois de Givenchy.
Au 33e corps, la 70e division enlève Souchez et débouche à l’est du village. Ce village, enfoncé dans une cuvette humide et verte, et son bastion avancé, le château du Carieul, sont fortement défendus.
Dans le parc du château du Carieul, se succèdent une ligne d’abris, puis une grande douve de cinq mètres de large ; en arrière, un amas de ruines hérissé de mitrailleuses ; au-delà du château, un bois offrant un fouillis de troncs, d’arbustes, d’abattis, sur un sol marécageux, semé de fondrières. Pour faire tomber cet obstacle, les sapeurs doivent jeter sur les douves des passerelles pliantes, auxquelles on ajoute des troncs d’arbres pour faciliter le passage des fantassins. Par endroits, les troupes d’attaque enfoncent dans l’eau jusqu’aux genoux. Le soir du deuxième jour, l’ensemble est pris. Souchez n’est plus qu’un amas de ruines.
La 77e division, qui a été chassée du cimetière à la fin de la nuit du 25 au 26, le réoccupe et progresse au-delà en faisant de nombreux prisonniers, mais la 55e division ne gagne que très peu de terrain. Les attaques des 5e et 6e divisions dans l’après-midi et la soirée du 26 contre la cote 140 et la ferme de la Folie échouent. Depuis le début de son attaque jusqu’à la soirée du 26, la Xe armée annonce plus de 1 400 prisonniers.
Après les Combats
Le 28 septembre, après entente entre le général Foch et le maréchal French, il est convenu que tout le 9e corps relèvera l’aile droite anglaise dans le secteur de Loos. C’est aussi le 28 que la droite du 33e corps et la gauche du 3e, arrêtées jusqu’alors devant la première ligne allemande, atteignent les abords immédiats de la cote 140, sans pouvoir toutefois s’en emparer.
La 55e division (33e corps) et la 6e division (3e corps), qui n’ont obtenu jusque-là que des résultats insignifiants, voient l’ennemi plier devant elles. La 55e enlève le bois des Écouloirs et gagne du terrain à l’est ; la 6e fait des progrès sensibles au-delà de la cote 123 et des Cinq-Chemins dans la direction de la cote 140. Après cinq jours de combats acharnés, la Xe armée française a fait environ 2 000 prisonniers et les Alliés 3 000.
La Reconversion de Loos-en-Gohelle
Au plus fort de l'exploitation minière, la commune de Loos-en-Gohelle était un centre d'extraction du charbon parmi les plus importants de la région avec 7 puits sur son site. Quand le dernier d'entre eux vint à fermer en 1986, laissant un territoire sinistré et une économie moribonde, il a fallu penser transition et faire de l'histoire minière de la ville un atout.
Maire de la commune pendant 34 ans, Marcel Caron a engagé une ambitieuse politique de reconversion dans les années 1990, poursuivie par son fils, Jean-François Caron, qui lui a succédé à la mairie en 2001.
Les Terrils Jumeaux de Loos-en-Gohelle
S'il y a bien -avec les corons- un symbole des paysages miniers du nord de la France, ce sont les terrils, ces montagnes de résidus issues de l'extraction du charbon. Situés sur le carreau de l'ancienne fosse 11/19, dont l'activité a définitivement cessé en 1986, les terrils jumeaux de Loos sont avec une hauteur de 186 m les plus hauts d'Europe.
L'un des deux, qui porte le doux nom de 74a, a été aménagé pour en permettre l'ascension. Malgré un bon dénivelé, la première partie ne présente aucune difficulté. Elle se fait sur une route stable qui grimpe entre les 2 pyramides noires vers un plateau posé grosso-modo à mi-hauteur. Là, petit repos contemplatif bienvenu. Altitude : 110 m, la vue est déjà très belle.
Le reste de l'ascension se fait à flanc de terril, jusqu'au cône. Au sommet, le panorama à 360° offre une vue imprenable sur les plaines alentours, Liévin et le carreau de la fosse 11/19 avec, bien visibles, la tour d'extraction et le chevalet. Cette deuxième partie de l'ascension est à réserver cependant aux personnes en bonne condition physique car la grimpette se révèle abrupte, sur un sol parfois glissant...
Concernant les terrils jumeaux, plusieurs sentiers de promenade ont été aménagés en forêt. Interdite aux voitures, la route grimpe entre les 2 terrils jusqu'à un plateau à mi-hauteur, environ 100 m plus haut. Quelques dizaines de chèvres pâturent sur les pentes du terril 74.
Le Bassin Minier et l'UNESCO
Élément constitutif majeur du paysage et de l'histoire de la région, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais figure depuis le 30 juin 2012 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, dont 51 terrils inscrits. L'un des jumeaux de Loos.
Avec les fosses Arenberg à Wallers, Delloye à Lewarde et 9/9bis à Oignies, le site du 11/19 est l’un des quatre grands sites d’extraction sauvegardés du Bassin minier Nord - Pas-de-Calais. Il fait naturellement partie du bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 2012.
Ce carreau de fosse de la Société des Mines de Lens fonctionne de 1894 à 1986. L’exploitation du puits n°11, de 1894 à 1960, est marquée par la destruction du site lors de la Première Guerre mondiale et par sa reconstruction au début des années 1920. Celle du n°19 correspond à la phase de concentration de la production entre 1960 et 1986.
La Cité Minière
Associée à la fosse 11/19, cette cité compte près de 600 logements. Édifiée à partir de 1894, détruite lors de la Première Guerre mondiale, elle est reconstruite au début des années 1920.
Cité pavillonnaire structurée à partir d’une trame orthogonale, elle se singularise par l’étendue des jardins qui entourent les maisons. Généralement groupées par deux ou trois, ces habitations offrent une grande richesse architecturale grâce à la variété des modèles mis en œuvre.
Panorama et Biodiversité
Érigés avec les déchets pierreux de l’extraction, ces deux terrils jumeaux, parmi les plus hauts d’Europe, culminent à 186 mètres et offrent une vue grandiose sur le Bassin minier, les collines de l’Artois, les monts de Flandre et la métropole lilloise.
Points de vue privilégiés, ce sont également des éléments hautement symboliques de l’identité paysagère du Bassin minier Nord - Pas-de-Calais. Ils accueillent une faune et une flore diversifiées qui en font de véritables îlots de biodiversité.
Entre Arras au sud et la métropole lilloise au nord, l’agglomération de Lens-Liévin s’inscrit entre les collines de l’Artois et la plaine de la Gohelle.
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