L'Architecture des Immeubles à Porcs en Chine: Une Révolution Agricole Verticale

En Chine, près de la ville de Wuhan dans le centre du pays, une porcherie géante, la plus grande du monde, a été érigée dans un immeuble de 26 étages capable d'accueillir 650.000 animaux. Dans la périphérie de la ville d’Ezhou, près de Wuhan, dans le centre de la Chine, se trouve l’une des plus grosses "tours à cochons" du pays. Lorsqu’on regarde vers le haut de cet immense immeuble, ça donne un peu le vertige, mais en Chine, on a l’habitude des habitations en hauteur.

Des "Hôtels à Cochons" pour Répondre à la Demande Croissante

En Chine , plus gros consommateur de viande de porc au monde, on l'appelle l'hôtel des cochons. Il s'agit en réalité d'une porcherie géante, la plus grande du monde, installée dans un gratte-ciel de 26 étages près de la ville de Wuhan et capable d'accueillir 650.000 animaux pour qui le confort n'est pas nécessairement optimal. Les habitants de la ville d' Ezhou, sur les bords du fleuve Yangtze, au centre de la Chine, l’ont surnommé "l’hôtel de porcs". C’est un bloc rectangulaire géant de 26 étages qui a commencé à fonctionner en ce mois d’octobre, avec à l’intérieur 650 000 cochons. Près de 25 000 bêtes sont logées à chaque niveau. Les porcs sont montés dans la tour grâce à de gigantesques ascenseurs d’une capacité de 40 tonnes.

Objectifs et Avantages de l'Élevage Vertical

La Chine veut développer ces exploitations géantes en hauteur d'abord pour économiser de la surface au sol. Ici à Ezhou, la même exploitation au sol aurait occupé 95% de terres supplémentaires. Même si la Chine est l’un des plus grands pays du monde, dans certaines régions, notamment dans le sud du pays, il n’y a pas assez de place pour étendre les exploitations porcines. Une deuxième tour à cochons, identique à la première, entrera en service en juillet 2025 à Ezhou, dans le centre de la Chine. La deuxième raison est sanitaire. Les producteurs chinois restent traumatisés par la peste porcine africaine qui avait touché la Chine en 2018, provoquant d’importantes pertes dans les élevages.

C’est depuis devenu une obsession dans un pays où le porc est la première viande consommée à table. Pour le vétérinaire Liu Liang, les exploitations dans les immeubles, c’est vraiment la solution. "C’est vrai que lorsque la densité animale est élevée, les maladies se propagent facilement, mais ce genre d’élevage en hauteur a ses avantages", vante-t-il. "Les systèmes modernes de filtration de l'air permettent de réduire les charges virales et faire baisser les risques de maladies. Et puis, l’agencement du bâtiment et le système de transport entièrement automatisé à l’intérieur limitent les risques de contact avec l’extérieur. Tout cela favorise la prévention contre les virus".

Encouragés par le gouvernement chinois, ces élevages industriels se multiplient dans ce pays qui vise l'autonomie alimentaire. Cet élevage en tour permet de gagner de l’espace à terre.

Fonctionnement et Technologie

Tout est contrôlé depuis une grande salle au rez-de-chaussée avec plusieurs dizaines d’ordinateurs, où les cochons et leur environnement sont surveillés de très près. "Nous avons ici un système de contrôle qui surveille tout : les systèmes de ventilation, l’alimentation des cochons, la température dans les étages, le niveau d’humidité, la concentration aussi en ammoniac et en oxyde d’azote, ainsi que l'indice de puanteur et bien d'autres choses." "En cas de dépassement des niveaux d’alerte, notre centre de contrôle procède immédiatement à des ajustements, explique Jin Lin, le patron de la porcherie qui fait le guide.

Et juste à côté, il y a l'atelier de production qui fabrique 13 000 tonnes d'aliments par jour. Tout est livré automatiquement à la bouche des cochons en cinq minutes par des canaux internes, sans contact ni transport en véhicule". Presque tout y est automatisé. Zhuge Wenda, propriétaire de la structure à Wuhan, a équipé son bâtiment « d’équipements d'alimentation automatisée et de systèmes intelligents de filtration et de désinfection de l’air ». La structure a nécessité la bagatelle de 580 millions d'euros. Impressionnant non seulement par sa taille, l'hôtel l'est aussi par sa technologie intégrée. Tous les soins, allant de la propreté à l'alimentation en passant par l'abattage, sont automatisés, à l'aide d'un centre de contrôle ultramoderne, situé dans le sous-sol du bâtiment. Plus de 580 millions d'euros ont été mobilisés pour construire cet immeuble dernier cri, gigantesque en tout point. Un investissement que les autorités chinoises espèrent rapidement rentable.

Gestion des Déchets et Objectifs Écologiques

Les 260 000 cochons qui vivent dans la tour, rejettent chaque jour 250 tonnes de déjections solides. Une partie sert de combustible pour faire marcher une cimenterie qui est située juste à côté de la porcherie. Le reste des rejets est retraité sur place et réinjecté dans l’exploitation. Les promoteurs du projet assurent que les cochons ne sont pas entassés et peuvent se déplacer dans leur étage. Ils mettent aussi en avant le respect de l’environnement. "Les eaux usées sont retraitées sur place", affirme Zhuge wenda, le patron du site, dans une interview à la télévision locale du Hubei. "Notre projet permet d’atteindre le niveau zéro d’émissions d’excréments avec aussi des émissions de gaz à effet de serre très faibles.

Tout est réglé depuis une sorte de tour de contrôle ultra moderne dans cette porcherie high-tech qui se veut également écologique et qui fait la fierté de son directeur. "Nous parviendrons à l’abattage de 600.000 porcs par an, avec pour projet d’atteindre le niveau zéro d’émissions d’excréments avec aussi des émissions de gaz à effet de serre très faibles. Notre système de contrôle sur la biosécurité, ajouté à une alimentation scientifique, permet d’améliorer la qualité et de répondre à la demande de la population pour une viande de porc moins chère", assure-t-il.

Enjeux et Controverses

Mais ces immenses porcheries verticales interrogent sur le sort des centaines de milliers de cochons qui vivent dans les étages, très loin de la verdure. Impossible en revanche de vérifier dans quelles conditions vivent ces cochons. L'accès aux zones d'élevage n'est pas autorisé, car les règles sanitaires sont draconiennes. Une quarantaine de trois jours est nécessaire pour rentrer. Mais d’après plusieurs témoignages, les cochons disposent chacun en moyenne d’un mètre carré, ce qui est conforme aux pratiques dans les exploitations chinoises. "Les cochons ne vivent pas dans un espace très serré. Notre objectif est d’avoir des animaux en bonne santé, donc on a créé des conditions pour leur permettre de faire de l'exercice, assure l’une des responsables logistiques du site. Chaque étage a une superficie de 14 000 mètres carrés pour 10 000 porcs en moyenne. Et lorsque les truies sont pleines, elles sont placées dans des enclos plus grands pour leur permettre de développer leur corps".

La Question des Odeurs et la Colère des Riverains

"Ça pue tous les jours... Nous ne pouvons pas survivre ici"Reste la question de la gestion des odeurs, une question centrale pour les riverains. Avec autant de porcs rassemblés sur une très petite surface, le risque de pollution est très élevé. Les responsables de l’usine assurent que c’est une priorité absolue et que les indices de puanteurs font l’objet d’une surveillance permanente. D'ailleurs, le jour de la visite officielle, tout le monde a remarqué qu'il n'y avait aucune odeur. L’odeur était très forte et les habitants tous très en colère.

"Bien sûr il y a de la pollution, ça pue tous les jours, s'écrie une femme. Chaque famille vient se plaindre au bureau local du gouvernement du comté. Les femmes les plus âgées font régulièrement des sit-in. On ne veut pas de compensation financière, car ça ne résoudra pas le problème. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une bonne santé. Mais cette odeur est vraiment trop forte, surtout le matin. À cause de ça, on ne peut pas faire d’exercice à l’extérieur. Je pense que les mesures de protection de l'environnement dans l’usine ne sont pas suffisantes". "Ça pue à mourir, l’odeur affecte ma vie au quotidien. Tout le village sent la puanteur, surtout quand il fait chaud. Je le sens même quand mes fenêtres sont fermées." "Quand le vent est du mauvais côté, c’est même pire, poursuit une autre villageoise. Nous ne pouvons pas survivre ici". Et les habitants de Hongqiao n’ont pas fini de se plaindre. Juste à côté du premier immeuble, un deuxième identique est presque terminé, lui aussi avec 26 étages. Il sera mis en service au mois de juillet, ce qui fera, au total avec les deux bâtiments côte à côte, un méga élevage vertical de plus d’un demi-million de porcs.

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