Gaspillage Alimentaire en France: Chiffres Clés, Impacts et Solutions

Le gaspillage alimentaire est un problème important de notre époque, avec des conséquences délétères sur l’environnement, l’économie et la société. Chaque année, des millions de tonnes de nourriture finissent à la poubelle alors qu’elles pourraient nourrir des populations ou être utilisées à d’autres fins. Face à cette situation alarmante, il est crucial d’agir à tous les niveaux, du producteur au consommateur.

Comprendre le Gaspillage Alimentaire: Définition, Enjeux et Chiffres Clés

Le gaspillage alimentaire se définit comme l’ensemble des aliments destinés à la consommation humaine qui, à un moment de la chaîne alimentaire, sont perdus, jetés ou dégradés. En France, cette problématique est d’une ampleur significative. En 2021, 8,8 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits en France sur l’ensemble de la chaîne alimentaire.

En 2021, le pays a généré 8,8 millions de tonnes de déchets alimentaires, soit environ 129 kg par habitant. Parmi ces déchets, 4,3 millions de tonnes étaient des aliments encore comestibles, représentant un gaspillage alimentaire de 63 kg par personne. Les ménages sont responsables de 42 % de ce gaspillage, suivis par les industries agroalimentaires (25 %), la production primaire (12 %), la restauration (12 %) et la distribution (9 %).

Les enjeux liés à ce gaspillage sont multiples :

  • Sur le plan environnemental, il contribue au gaspillage des ressources naturelles et à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.
  • Économiquement, il représente une perte financière considérable.
  • Socialement, il soulève des questions éthiques, surtout dans un contexte où une partie de la population est en situation d’insécurité alimentaire.

Les Étapes de la Chaîne Alimentaire et les Sources de Gaspillage

Depuis le champ jusqu’à nos assiettes, le gaspillage alimentaire a lieu à tous les stades de la chaîne de production alimentaire. Le gaspillage alimentaire se produit à toutes les étapes de la chaîne alimentaire, depuis la production agricole jusqu’à la consommation :

  1. Production agricole: Une partie de la récolte est perdue à cause de problèmes logistiques, de maladies ou d’un manque de main-d’œuvre. Les normes d’aspect et de taille peuvent aussi entraîner des pertes. A l’étape de production, les aliments sont triés et sélectionnés en fonction de leur aspect, de leur calibre ou de leur couleur.
  2. Transformation: Des pertes surviennent lors du processus de transformation des aliments, par exemple, des parties de pommes de terre sont jetées lors de l’épluchage mécanique. Les pommes de terre sont ainsi l’aliment le plus gaspillé pendant l’étape de transformation. Elles sont la base de beaucoup de plats préparés, où une partie importante du produit est jetée, au moment de l’épluchage puis de la taille.
  3. Distribution: Les produits peuvent être endommagés pendant le transport ou la mise en rayon. Des commandes inadaptées à la demande des clients peuvent également entraîner des surplus et la péremption de certains produits. Il est rare que la phase de transport épargne la totalité des aliments présents dans une cargaison. Beaucoup sont abîmés dans les camions, les trains ou les bateaux, puis jetés à l’arrivée sur leur lieu de distribution. Le blé tendre arrive en tête des aliments les plus gaspillés au moment de la distribution.
  4. Consommation (Domestique et Restauration): Une part importante du gaspillage alimentaire se produit au niveau domestique : aliments mal conservés, restes de repas jetés, mauvaises interprétations des dates de péremption. A la fin d’un repas, il nous est tous arrivé de jeter du pain rassis que l’on a pas eu le temps de consommer. A cette étape, les pertes alimentaires les plus importantes ont lieu sur les produits laitiers. Dans la restauration, le gaspillage peut provenir de portions trop importantes, d’une mauvaise gestion des stocks, et de plats non consommés. Au restaurant, nous ne décidons pas de la quantité de nourriture dans nos assiettes. Or, ces portions non ajustées sont la cause principale de gaspillage alimentaire dans la consommation hors foyer.

Impacts du Gaspillage Alimentaire

La production et la consommation alimentaires ont un poids conséquent sur l’environnement. Le secteur agricole représente 21% des émissions de gaz à effet de serre en France. Ce chiffre grimpe même à 36% si l’on prend en compte l’ensemble des activités agricoles et alimentaires (ex: la fabrication des emballages ou le transport de marchandises). A cet égard, le gaspillage alimentaire représente à lui seul 3% des émissions de gaz à effet de serre de l’activité nationale.

En France, ce sont 10 millions de tonnes de nourriture qui sont gâchées chaque année, représentant 16 milliards d’euros de perte.

Le Cadre Réglementaire et les Objectifs de Réduction du Gaspillage Alimentaire

Face à l’ampleur du problème, la France s’est dotée d’un cadre réglementaire pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

  • Loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire): Promulguée en 2020, cette loi fixe des objectifs ambitieux de réduction du gaspillage alimentaire. Elle vise à réduire de 50 % le gaspillage alimentaire par rapport à son niveau de 2015 :
    • En 2025 pour les secteurs de la distribution alimentaire et de la restauration collective.
    • D’ici 2030 pour les secteurs de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.
  • La loi Garot (2016): Cette loi a révolutionné le secteur de l’aide alimentaire en institutionnalisant le don et en permettant aux associations d’accéder à de nouveaux gisements. Elle hiérarchise les actions à mener : prévention, don, valorisation pour l’alimentation animale, compost ou méthanisation. La loi Garot qui s’adresse aux industriels, oblige les grandes surfaces à donner les denrées alimentaires sur le point d’être jetées à des associations, et interdit de détruire les denrées consommables. Cette loi est cependant très critiquée par différents acteurs car, si elle peut paraître de bon sens au premier abord, elle contribue en réalité à la surproduction.
  • La loi EGALIM III (2023): Elle précise l’obligation de mettre en place une démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire pour l’ensemble de la restauration collective.
  • Label National Anti-Gaspillage Alimentaire: Afin de distinguer les acteurs engagés, l’État a mis en place ce label. Il vise à valoriser les pratiques de réduction du gaspillage alimentaire, à garantir un niveau réduit de gaspillage aux consommateurs et à encourager des pratiques plus durables. Il existe 3 niveaux de labellisation :
    • 1 étoile : Atteste d’un engagement dans la démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire.
    • 2 étoiles : Atteste d’une maîtrise de la lutte contre le gaspillage alimentaire.
    • 3 étoiles : Atteste de l’atteinte d’un niveau exemplaire dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Comment Agir Concrètement ? Les Solutions à Portée de Tous

Réduire le gaspillage alimentaire est à la portée de tous. Voici une série d’actions que vous pouvez mettre en œuvre à titre individuel:

À la Maison :

  • Planifier vos repas : Établissez une liste de courses en fonction de ce que vous avez déjà et des repas que vous comptez préparer.
  • Conserver correctement vos aliments : Apprenez les techniques de conservation adaptées à chaque type d’aliment (au réfrigérateur, au congélateur, dans un endroit sec, etc.) La conservation des aliments est une des clefs pour lutter contre le gaspillage alimentaire.
  • Cuisiner les restes : Ne jetez pas les restes de repas, utilisez-les pour créer de nouveaux plats ou pour un déjeuner rapide. Ne jetez pas les restes ! Gardez les fanes de poireaux, de carottes ou encore de radis pour les mijoter et les incorporer à d’autres plats, ou les queues de fraises pour faire des sirops délicieux.
  • Comprendre les dates de péremption : Faites la différence entre la date limite de consommation (DLC) et la date de durabilité minimale (DDM). La mention « à consommer de préférence avant » de la DDM signifie que le produit reste consommable après la date indiquée. D’après la Commission européenne, jusqu’à 10% du gaspillage alimentaire serait lié à une mauvaise compréhension des dates de consommation qui sont indiquées sur les emballages.
  • Acheter des fruits et légumes « moches » : Ne les boudez pas, ils sont tout aussi bons que les autres et moins chers. Par ailleurs, une étude menée par l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture et l’Environnement met en avant l’importance pour les politiques publiques “antigaspi” de déconstruire les exigences sur l’aspect des fruits et légumes. Souvenez-vous que les fruits et légumes un peu tordus sont tout aussi bons que les autres ! Préférez l’achat en vrac pour contrôler les quantités… et limiter les emballages.
  • Pratiquer le « batch cooking » : Préparez plusieurs repas en une seule session pour éviter de gaspiller des aliments frais.
  • Faire du compost : Utilisez les déchets de cuisine (épluchures, marc de café…) pour enrichir votre jardin ou votre balcon. Vous pouvez même faire du lombricompost en intérieur.
  • Utiliser des « doggy bags » au restaurant : Emportez les restes de votre repas pour les consommer plus tard.

Vous travaillez ou fréquentez des cantines, des restaurants ? Vous aussi pouvez être acteurs :

  • Adapter les portions : Privilégiez les portions adaptées à votre appétit ou demandez des demi-portions.
  • Mettre en place un tri des déchets : Séparez les déchets organiques des autres déchets pour faciliter leur valorisation (compostage, méthanisation).
  • Proposer des options anti-gaspillage : Offrez des plats à base de restes, des salades composées avec les légumes invendus, ou des desserts à base de fruits mûrs.
  • Éduquer les convives : Sensibilisez-les à l’importance de la lutte contre le gaspillage et aux gestes simples à adopter.
  • Adopter une démarche d’amélioration continue : Mesurez régulièrement le gaspillage, analysez les causes et mettez en place des actions correctives.

Enfin au Niveau Local/Collectif, là aussi nous pouvons faire progresser les choses:

  • Soutenir les initiatives locales : Encouragez les circuits courts, les producteurs locaux et les associations de lutte contre le gaspillage alimentaire.
  • Participer aux événements anti-gaspillage : Disco Soupe, ateliers de cuisine, projections de films…
  • Créer un jardin partagé : Cultivez ensemble des fruits et légumes pour créer du lien social et réduire votre empreinte environnementale.
  • Mettre en place des actions de sensibilisation : Organisez des ateliers, des conférences ou des jeux pour informer votre communauté sur le gaspillage alimentaire.

Le Rôle des Acteurs de l'Économie Sociale et Solidaire dans la Lutte Contre le Gaspillage Alimentaire

L’économie sociale et solidaire (ESS) peut jouer un rôle important dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. De nombreuses structures de l’ESS ont développé des initiatives innovantes et efficaces pour réduire le gaspillage, tout en créant des emplois et en favorisant l’inclusion sociale.

  • Récupération des Invendus : Des associations récupèrent les invendus des marchés, des supermarchés ou des producteurs pour les redistribuer aux personnes dans le besoin ou les transformer en nouveaux produits.
  • Transformation et Revalorisation : Des conserveries solidaires transforment les fruits et légumes abîmés en confitures, soupes ou compotes. D’autres structures proposent des ateliers culinaires pour apprendre à cuisiner les restes.
  • Sensibilisation et Éducation : Les acteurs de l’ESS mènent des actions de sensibilisation auprès du grand public, des écoles et des entreprises pour informer sur les enjeux du gaspillage et promouvoir des pratiques plus durables.
  • Création d’Emplois d’Insertion : De nombreuses structures de l’ESS emploient des personnes éloignées du marché du travail, favorisant ainsi leur réinsertion sociale et professionnelle.
  • Logistique et Stockage : Certaines structures ont développé une logistique de collecte et de redistribution des invendus, assurant ainsi une meilleure gestion des denrées alimentaires.

Agir dans les Cantines Scolaires : Une Opportunité pour Éduquer et Changer les Comportements

Les cantines scolaires représentent un lieu idéal pour agir contre le gaspillage alimentaire et pour sensibiliser les jeunes générations.

Chiffres du gaspillage

En 2021, 8,8 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits en France, soit 129 kg par personne. Toutes les étapes de la chaîne alimentaire y contribuent :

  • 1,24 millions de tonnes pour la production primaire (14%)
  • 1,72 millions de tonnes dans la transformation (20%)
  • 633 000 tonnes dans la distribution (soit 7%)
  • 1,08 millions de tonnes dans la restauration (12%)
  • 4,08 millions de tonnes dans les ménages (47%)

Parmi ces déchets, 4,5 millions de tonnes sont non comestibles (os, épluchures…). Le gaspillage alimentaire représente donc près de 4,3 millions tonnes de déchets issues des parties comestibles des aliments (aliments non-consommés encore emballés, restes de repas, etc.).

La France se situe légèrement en deçà de la moyenne européenne (près de 60 millions de tonnes de déchets alimentaires sont produites au niveau européen, soit 131 kg par habitant).

Les mesures associées aux objectifs de réduction du gaspillage alimentaire

Les mesures nationales en faveur de la lutte contre le gaspillage alimentaire se sont progressivement renforcées au cours des 10 dernières années, avec la signature du premier Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire réunissant l’ensemble des parties prenantes en 2013 (renouvelé pour deux périodes de 3 ans), la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) en 2015, la loi Garot en 2016, la loi EGAlim en 2018, et enfin la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire en 2020.

La loi a notamment introduit une hiérarchie des actions à mener en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire, en donnant la priorité à la prévention, puis au don ou à la transformation. Viennent ensuite la valorisation en alimentation animale ou sous forme d’énergie. La destruction est envisagée en dernier recours.

Les distributeurs ayant une surface de vente de plus de 400 m², les opérateurs de la restauration collective préparant plus de 3 000 repas par jour, et les opérateurs de l’industrie agroalimentaire ayant un chiffre d’affaire supérieur à 50M€, et les grossistes (chiffre d’affaires supérieur à 50M€) doivent par ailleurs proposer des conventions de don à des associations d’aide alimentaire pour écouler leurs invendus.

Il est en outre interdit, dans l’industrie agroalimentaire et la restauration collective, pour les grossistes et les distributeurs, de rendre impropres leurs denrées alimentaires invendues encore consommables. lLes contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre jusqu’à 0,1 % de leur chiffre d’affaires.

La France s’est par ailleurs dotée d’un objectif global de réduction du gaspillage alimentaire de 50 % entre 2015 et 2025 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective d’ici 2025, et de 50 % entre 2015 et 2030 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.

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