Aide Alimentaire du Gouvernement : Fonctionnement et Dispositifs en France

L'alimentation est un des déterminants majeurs de la santé et de la lutte contre la précarité. Elle joue également un rôle essentiel sur les questions d’identité, de lien social et familial, de plaisir, de culture et d’appartenance. La politique de lutte contre la précarité alimentaire menée par l’État vise à favoriser l’accès à une alimentation sûre, diversifiée, de bonne qualité et en quantité suffisante aux personnes en situation de vulnérabilité économique ou sociale.

Définition et Cadre Juridique de l'Aide Alimentaire

Depuis 2018, le Code d’action sociale et des familles (CASF) définit la lutte contre la précarité alimentaire comme suit : « La lutte contre la précarité alimentaire vise à favoriser l'accès à une alimentation sûre, diversifiée, de bonne qualité et en quantité suffisante aux personnes en situation de vulnérabilité économique ou sociale. » (article L-266-1 du CASF). L'aide alimentaire a pour objet la fourniture de denrées alimentaires aux personnes en situation de vulnérabilité économique ou sociale, assortie de la proposition d'un accompagnement.

Cette aide, qui vise à répondre aux besoins en volume, tout en prenant en compte, dans la mesure du possible, des critères de qualité des denrées alimentaires, est apportée tant par l'Union européenne que par l'Etat ou toute autre personne morale. L’activité d’aide alimentaire peut être réalisée librement par toute structure en dehors du cadre juridique de l’habilitation pour l’aide alimentaire. Cependant, si une structure souhaite obtenir des financements publics en numéraire ou en nature, alors l’habilitation est obligatoire.

L’habilitation constitue un acte par lequel l’État reconnaît qu’une personne morale de droit privé remplit bien les conditions requises pour recevoir des contributions publiques pour mettre en œuvre l’aide alimentaire.

Les Acteurs et l'Organisation de la Lutte contre la Précarité Alimentaire

Le Pilotage

La politique de lutte contre la précarité alimentaire menée par l’État vise à favoriser l’accès à une alimentation sûre, diversifiée, de bonne qualité et en quantité suffisante aux personnes en situation de vulnérabilité économique ou sociale.

La Coordination : Cocolupa

Le Comité national de coordination de la lutte contre la précarité alimentaire (Cocolupa) est une instance créée par l’État en 2020 qui rassemble les divers types d’acteurs de la lutte contre la précarité alimentaire : associations de solidarité, fondations privées, administrations et institutions, fondations privées, organismes de la recherche publique, etc. Elle permet de coordonner les actions de lutte contre la précarité alimentaire et de travailler collectivement sur des problématiques auxquelles les acteurs font face au sein de groupes de travail.

Budget Alloué à la Lutte contre la Précarité Alimentaire

Crédits Nationaux

L’État soutient financièrement les structures habilitées au titre de l’aide alimentaire par le biais du programme 304 « Inclusion sociale et protection des personnes », qui comprend :

  • Les crédits nationaux pour l’aide alimentaire visant à financer l’animation et le fonctionnement des structures associatives habilitées au national pour la distribution alimentaire, dont le nouveau programme Mieux manger pour tous ;
  • Les crédits déconcentrés qui permettent de soutenir les associations de lutte contre la précarité alimentaire au niveau local de l’aide alimentaire sur les territoires ;
  • Les crédits nationaux aux épiceries sociales (CNES) pour l’achat de denrées alimentaires par les associations nationales têtes de réseau des épiceries sociales et solidaires.

Avec ces différents crédits, l’État soutient notamment des actions en faveur de la lutte contre la précarité alimentaire chez les jeunes, comme les étudiants ou les enfants de moins de 3 ans.

Crédits Européens

Des crédits européens sont alloués à la lutte contre la précarité alimentaire en France via le fonds structurel de l’Union européenne créé en 2022 : le Fonds social européen +. Ce fonds vise à améliorer les perspectives professionnelles de l’ensemble des citoyens européens, en particulier ceux en situation de précarité ou d’exclusion.

Le FSE+ comporte un programme dédié au Soutien européen à l’aide alimentaire doté d’un financement de 647 millions d’euros sur une durée de six ans, qui assure la continuité du programme du Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) 2014-2020. Il est cofinancé par l’Union européenne à hauteur de 90 % des dépenses effectuées, la contribution nationale s’élevant à 65 millions d’euros. Ce programme européen est géré par la direction générale de la Cohésion sociale (DGCS), rattachée au ministère en charge des Solidarités.

Dispositifs Soutenus par l'État pour Lutter Contre la Précarité Alimentaire

Les dispositifs de l’État pour lutter contre la précarité alimentaire ont été définis dans le cadre du groupe de travail n° 8 du Cocolupa. Ils proposent des solutions adaptées non seulement à la diversité des situations de précarité alimentaire mais également à la diversité des contextes territoriaux. Ces solutions sont par ailleurs respectueuses de la dignité des bénéficiaires, de leurs attentes mais aussi des évolutions de leurs besoins (augmentation des retraités, des travailleurs pauvres et des familles monoparentales ces dernières années).

Différents Dispositifs

  • Distributions de colis ou paniers alimentaires
  • Distributions de paniers solidaires de produits frais
  • Distributions de repas
  • Épiceries sociales et solidaires
  • Groupements d’achats citoyens
  • Jardins collectifs
  • Maraudes alimentaires
  • Restaurants sociaux et solidaires
  • Transferts monétaires

Pour les Bébés

  • Le Programme Malin vient en soutien des familles à faible budget pour leur permettre d’offrir une alimentation saine et équilibré à leur bébé.
  • Le Pacte pour les premiers pas est une opération visant à soutenir la distribution des produits alimentaires et d’hygiène spécifiques aux bébés (0-3 ans) par les associations d’aide alimentaire.

Pour les Enfants

  • Les petits-déjeuners à l’école permettent aux écoliers de petit-déjeuner gratuitement.
  • La tarification sociale dans les cantines propose des tarifs différenciés aux familles, selon leurs revenus et le nombre d’enfants du foyer (ou sur le quotient familial CAF).
  • Le Pacte des solidarités soutient la généralisation de ce dispositif dans les cantines des collèges, surtout ceux en REP ou REP+.
  • Le dispositif Cantines à 1€ permet aux enfants de familles modestes de manger à la cantine à tout petit prix.
  • Les programmes « Fruits et légumes à l’école » et « Lait et produits laitiers à l’école » visent à promouvoir auprès des élèves des comportements alimentaires plus sains et à améliorer leurs connaissances des produits.

Pour les Étudiants

  • Les repas au Crous à 1€ permettent aux étudiants qui ont des difficultés économiques de manger à petit prix au restaurant universitaire.

Programme Mieux Manger Pour Tous (MMPT)

Inscrite dans le Pacte des solidarités, la mise en place d’un fonds d’aide alimentaire durable ayant pour but de renforcer la qualité de l’aide alimentaire a été annoncée le 3 Novembre 2022 par la Première ministre. Ces moyens nouveaux s’inscrivent dans la suite des travaux de la convention citoyenne pour le climat et de la loi EGAlim, avec les objectifs suivants :

  • Améliorer la qualité nutritionnelle et gustative de l’approvisionnement en denrées de l’aide alimentaire ;
  • Réduire l’impact environnemental du système d’aide alimentaire ;
  • Permettre le renforcement et l’évolution des dispositifs locaux de lutte contre la précarité alimentaire.

Modalités du Programme MMPT

Le programme pluriannuel est inscrit dans le Pacte des solidarités 2023 - 2027. Doté d’un montant de 60 millions d’euros en 2023, 70 millions d'euros en 2024 et 80 millions d'euros en 2025, il a vocation encore à croître pendant la durée du Pacte pour atteindre 100 millions d'euros en 2027. Il se décline en deux volets : national et local.

Volet National

Un volet national a pour objectif d’accroître l’offre de l’aide alimentaire en fruits, légumes, légumineuses et produits sous labels de qualité. Il vise à faciliter l’accès des personnes en situation de précarité alimentaire à des denrées plus saines et plus durables, en respectant la saisonnalité des produits frais et en privilégiant une politique en matière d’achat qui favorise les approvisionnements de proximité et locaux.

Volet Local

Un volet local a pour objectif de développer des actions de lutte contre la précarité alimentaire autour de quatre axes :

  • Le développement d’alliances locales de solidarité alimentaire « producteurs-associations-collectivité » ;
  • Le soutien d’actions de lutte contre la précarité alimentaire au sein des projets alimentaires territoriaux ;
  • Le soutien d’expérimentations portant la transformation de l’organisation de la lutte contre la précarité alimentaire dont les expérimentations en matière de transfert monétaire tels que des chèques alimentaires durables ;
  • L’amélioration de la couverture des zones blanches de l’aide alimentaire.

Ce volet est mis en œuvre par les services déconcentrés au niveau régional. En 2024, ce sont près de 700 projets qui sont soutenus au niveau local pour un, deux ou trois ans.

Le Chèque Alimentaire

Le chèque alimentaire est un soutien financier pour les foyers modestes, introduit suite à la flambée des prix des produits alimentaires. À l’heure actuelle, le chèque alimentaire est dans une phase d’expérimentation en Seine-Saint-Denis et n’est pas encore disponible à l’échelle nationale en 2025. Le déploiement national du chèque alimentaire ayant été retardé, le gouvernement a choisi de débuter une phase d’expérimentation en Seine-Saint-Denis.

Pour bénéficier du chèque alimentaire en 2025, les ménages doivent remplir certains critères. Cependant, nous vous rappelons que le chèque alimentaire est pour l’instant en phase d’expérimentation et testé uniquement en Seine-Saint-Denis. Si le projet est étendu au niveau national, les conditions d’éligibilité pourraient être similaires à celles de l’indemnité inflation de 2020.

L’objectif est d’aider les foyers les plus modestes à faire face à la hausse des prix alimentaires tout en promouvant une alimentation saine. Pour le moment, le montant du chèque alimentaire est fixé à 50 € par personne pour la phase d’expérimentation en Seine-Saint-Denis. Les bénéficiaires n’auront pas de démarches à faire pour le recevoir, le versement étant automatique sur leur compte bancaire. En cas de non-réception, il suffira de se rapprocher de la CAF pour résoudre le problème.

Ce chèque alimentaire pourra être utilisé pour des achats dans les commerces alimentaires de tout type : supermarchés, marchés locaux, ou chez les producteurs locaux. Le chèque alimentaire étudiant se présente sous la forme d’une carte prépayée, rechargée chaque mois pour aider les étudiants à couvrir leurs frais alimentaires. Cette initiative a été lancée en février 2025 pour répondre à la précarité alimentaire grandissante chez les jeunes.

Les étudiants boursiers recevront 40 euros par mois, tandis que les non-boursiers bénéficieront de 20 euros, avec une majoration pour ceux en Outre-mer. Cette aide vise à compléter les soutiens existants et à réduire les inégalités géographiques, en particulier pour ceux éloignés des restaurants universitaires.

Comment Bénéficier de l'Aide Alimentaire ?

Pour obtenir une aide alimentaire, les foyers en difficulté peuvent solliciter un rendez-vous avec une assistante sociale ou se rendre dans un centre communal d’action sociale (CCAS). Cet entretien permettra de faire un point sur votre situation générale afin de définir les aides sociales auxquelles vous avez le droit (on peut citer par exemple la complémentaire santé solidaire).

Associations et Structures d'Aide Alimentaire

En parallèle, de nombreuses associations (Croix-Rouge, Restos du Coeur …) récoltent tout au long de l’année de la nourriture pour la redistribuer aux personnes dans le besoin. Il existe plus de 1900 Restos du Cœur en France. L’association s’occupe de la distribution des paniers repas équilibrés dans lesquels les produits frais sont présents en grande quantité. Pour recevoir cette aide, vous devez vous inscrire auprès de l’antenne locale la plus proche de chez vous.

Vous devez vous rendre dans un centre d’accueil des Restos du Cœur, munissez-vous d’un justificatif qui prouve vos faibles revenus et votre situation sociale. La Croix-Rouge a été fondée en 1859 lors de la bataille de Solférino afin de porter secours aux soldats des deux camps. La distribution alimentaire effectuée par la Croix-Rouge prend principalement 2 formes : La distribution de repas chaud ou de panier repas pour répondre à un besoin immédiat, mais l’association possède également 80 épiceries sociales réparties en France gérées par les bénévoles de la Croix-Rouge et les salariés.

Enfin, la Croix-Rouge propose également des chèques d’accompagnement personnalisé (CAP) d’une valeur unitaire de 6€ . Ils sont à utiliser dans de nombreux commerces soutenant cette initiative. Mais notez tout de même que si ces tickets vous permettent de faire vos courses normalement, vous ne pourrez les dépenser sur l’ensemble des produits qui sont proposés. En effet, vous n’aurez accès qu’aux produits alimentaires et d’hygiène (savon, couches pour bébé, etc.). Les commerces où vous pouvez les utiliser sont partenaires des antennes locales de la Croix-Rouge.

Le Secours Populaire est né en 1945 et son but est de lutter contre la pauvreté et l’exclusion en France. Pas de prix définis pour les produits disponibles, mais une contribution symbolique est demandée afin de contribuer aux actions du Secours Populaire.

Dons Alimentaires et Supermarchés

Le don alimentaire permet de fournir des denrées alimentaires aux associations caritatives. Ces collectes ne portent que sur des produits non périssables, vendus à température ambiante (pâtes et riz, pâtisseries de type cakes ou biscuits, fruits et légumes en conserve, terrines et pâtés stérilisés, lait UHT…).

Au-delà d'un seuil réglementaire de 400 m², les super et hypermarchés sont tenus de proposer un conventionnement avec une association d’aide alimentaire pour définir les modalités de don de leurs invendus. Il en est de même pour les opérateurs de restauration collective préparant plus de 3 000 repas par jour, et les opérateurs de l’industrie agroalimentaire et du commerce de gros ayant un chiffre d’affaire supérieur à 50 millions d’euros.

Les denrées périssables qui sont données dans ce cadre doivent l'être au moins 48 heures avant l'échéance de leur date limite de consommation (DLC), sauf si la convention fixe un délai plus court. Pour les établissements agréés : toutes les denrées peuvent être données, dès lors qu’elles sont définies comme telles dans leur plan de maîtrise sanitaire. Exemple : un bac gastronomique conservé au froid ou au chaud et non présenté aux convives peut être donné.

Aide Alimentaire Programmée (AAP)

L’Aide alimentaire programmée (AAP) est l’outil dédié du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en faveur des populations en situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle sévère. Elle est un levier majeur au service de la Stratégie internationale de la France pour la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable (2019-2024).

En 2023, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères a financé 135 projets, dans 51 pays et territoires, pour un montant total de plus de 170 millions d’euros. Plus de la moitié des projets mettent l’accent sur la lutte contre la sous-nutrition chez les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que les enfants de moins de deux ans (période dite « des 1 000 jours », cruciale en matière de développement physique et cognitif).

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